

On écrit une histoire afin de se placer dans une situation hypothétique qui pourrait donner réponse à une question. La mienne était : où se trouve le point de rupture qui fait renoncer à soi-même ?
En passant par les invitations obscures de la libido, celles qui nous tirent du côté des abîmes, j’ai axé cette histoire sur le constat que les rênes de ce monde semblent surtout appartenir à ceux qui haïssent la vie.
Ainsi et entre autres sont nés : Loki, qui symbolise notre société avec ce qu’elle propose de plus sombre ; Hella, qui est de l’autre royaume, celui des tendres et des chevaliers ; enfin Miriam, entre les deux, comme la plupart d’entre nous, qui tâtonne et doute dans la nuit, au risque de s’égarer.
Olivia Dugué

Comme le prévient l’auteure en préface, il est possible ne pas sortir indemne de cette lecture sur le plan des idées reçues.
En effet, Olivia Dugué se soucie peu d’aborder des sujets faciles. Elle choisit au contraire de développer des intrigues complexes où se superposent une action physique et une quête aux dimensions plus ou moins métaphysiques. Si la première exploite des événements précis et concrets à la manière des romans traditionnels, la seconde se joue dans les subtilités et amène le lecteur à sa questionner sur les idées reçues.
La trame fait appel aux mathématiques quantiques, aux grandes légendes nordiques, aux principes physiques qui équilibrent l'univers et les galaxies.
Alors que son écriture s'efface pour donner toute la place aux personnages, l'auteure excelle à donner de la consistance à ces démarches abstraites par une accumulation de péripéties et de faits qui nous confrontent à des paradoxes troublants, sinon à des contradictions.
Les péripéties s’imbriquent les unes dans les autres en toute harmonie et vraisemblance, si bien qu’on finit par oublier la part de fantastique qui détermine l’action. Le merveilleux en vient à faire corps avec la réalité, à imposer sa présence sans détonner d’aucune manière. Le talent de l’auteure, car il s’agit bien d’un véritable talent, consiste précisément à assurer la symbiose harmonieuse des deux versants de l’action et le lecteur doit s’attendre à revivre longtemps les hautes notes de cette symphonie des abîmes.
Un roman étonnant qui ramène à des pulsions, des tourments moraux et des problématiques essentielles.